Cinq Semaines En Ballon – Chapitre X

CHAPITRE X

LE 20 MAl, le Victoria arrive au-dessus de Ia ville de Tombouctou et, le lendemain, ils se réveillent sur les bords du fleuve Niger, pas loin du lac Debo.

– Encore un nuage! dit F’ergusson.

– Et un gros! répond Kennedy. Mais ce n ‘est pas un nuage comme les autres, c’est un nuage de sauterelles. Des milliards de sauterelles vont passer sur ce pays et, si elles descendent, il n’y aura plus de végétation.

À cent pas du Victoria, les sauterelles s’abattent sur un pays vert; un quart d’heure plus tard, lorsqu’elles reprennent leur vol, il n’y a plus d’herbe, plus de feuilles sur les arbres…

– Les habitants de ces pays ne peuvent rien faire contre les sauterelles, dit Fergusson. Quelquefois, ils mettent le feu aux forêts ou aux champs pour arrêter le vol de ces insectes, mais ils sont tellement nombreux qu’ils éteindre le feu.

Les voyageurs continuent leur voyage. Ils survolent Sego, Ia capital e du Bambarra, et se dirigent vers le nord-ouest.

– Encore deux jours et nous arriverons au fleuve· du Sénéga, dit le docteur.

 

* * *

 

Les jours suivants, le Victoria n’arrive pas à s’élever dans les airs et, pendant plus de cent vingt milles, les trois hommes doivent jeter petit à petit plusieurs objets plus ou moins utiles. Mais le ballon continue à descendre.

– Il est peut-être déchiré, dit Kennedy.

– Non, répond le docteur, mais il perd du gaz. Jetons tout ce que nous pouvons.

– Mais il ne reste presque plus rien, dit Kennedy.

– Jetons les couvertures. Elles sont lourdes.

Joe obéit et le ballon s’éleve un peu. Mais peu à peu il recommence à descendre.

– Nous ne sommes pas loin du fleuve, dit le docteur. Peut-être que nous atteindrons le bord. Seulement:, pour arriver là, il faut passer au-dessus d’une montagne et je ne sais pas si nous pourrons le faire.

– Voici la montagne, dit Kennedy. Il faut absolument passer au-dessus.

– Gardons de l’eau pour aujourd’hui et jetons le reste, dit Fergusson.

– Voilà! dit Joe.

– Est-ce que le ballon remonte? demande Kennedy.

– De cinquante pieds, plus ou moins, répond le docteur. Mais ce n’est pas assez.

– Il faut pourtant passer, dit Kennedy.

– Joe, j’espère que cette fois tu ne vas pas sauter du ballon. Jure-moi que tu ne vas pas le faire!

– Je ne vous quitterai pas, mon maître! Je vous Ie jure.

– Nous ne sommes pas assez haut, dit le docteur. Joe, jette Ia viande. Et s’il faut, Dick, jette tes armes.

– Jeter mes armes! répond Ie chasseur avec émotion.

– Mon ami, si je te Ie demande, c’est que ce sera nécessaire.

Le ballon s’approche de Ia montagne. Joe jette les couvertures mais ce n’est pas suffisant.

– Kennedy! crie Ie docteur, jette tes armes ou nous sommes perdus!

– Attendez, monsieur Dick! dit Joe, attendez!

Kennedy se retourne et voit Joe disparaître au-dehors de Ia nacelle.

– Joe! Joe! crie-t-il.

– Le maIheureux! dit Ie docteur.

Le sommet de Ia montagne a une vingtaine de pieds de Iargeur. La nacelle touche presque le sol, mais elle passe Ia montagne.

– Nous passons! nous passons! nous sommes passés! crie une voix.

Cette voix, c’est Ia voix de Joe. Il est accroché par les mains à Ia nacelle et il court sur le sommet de Ia montagne, enlevant ainsi au ballon Ia presque totalité de son poids. Arrivé de l’autre côté de Ia montagne, il remonte dans Ia nacelle.

– Et voilà! Ce n’ était pas plus compliqué!

– Mon brave Joe! dit le docteur.

– Oh! vous savez, ce que j’ai fait, je l’ai fait pour sauver le fusil de monsieur Dick. Je lui dois bien cela depuis qu’il m’a sauvé des Arabes.

Kennedy lui serre Ia main sans dire un moto

– Nous allons chercher un endroit tranquille pour passer Ia nuit, dit le docteur.

Le Victoria redescend doucement vers une forêt et Joe accroche les ancres à un arbre.

À deux heures du matin, Kennedy prend son quarto. La nuit est tranquille. Kennedy, fatigué par les derniers événements, s’endort sans s’en renedre compte.

Souelain, quelque chose le réveille. Il se frotte les yeux et se leve. La forêt est en feu!

– Au feu! Au feu! crie- t-il.

Ses deux compagnons se réveillent.

À ce moment, ils entendent des hurlements.

– Les indigènes ont mis le feu aux arbres pour nous tuer! dit Joe.

– Partons vite ! crie le docteur en coupant avec un couteau Ia corde de l’ancre.

Le ballon s’élève, laissant Ia forêt derrière lui, et se dirige vers le Sénégal.

– DiCk, Joe, regardez! crie le docteur.

Un groupe de cavaliers armés suivent le Victoria.

– Ce sont des Talibas, dit le docteur. C’est un peuple cruel. Il faut mettre le fleuve entre eux et nous.

Pendant des heures, les Talibas poursuivent le Victoria.

– Nous descendons! crie Kennedy en regardant le baromètre. Que pouvons-nous jeter?

– Jetons toute Ia nourriture! dit Fergusson.

La nacelle, qui touchait presque le sol, remonte au milieu des cris des Talibas. Mais une demi-heure plus tard, le Victoria redescend.

– Nous n’avons plus rien à jeter, dit Kennedy.

– Si, répond le docteur. La nacelle! Coupe les cordes de Ia nacelle, Joe. Nous nous accrocherons aux cordes du ballon.

Et le Victoria, qui vient de perdre ainsi un poids important, remonte dans les airs.

Les trois amis, accrochés aux cordes, arrivent rapidement au fleuve.

– Le fieuve! Le Sénégal! crie le docteur. Encore un quart d’heure et nous serons sauvés!

Mais le ballon redescend peu à peu car il n’y a plus ele gaz. Il touche plusieurs fois le sol et finit par s’accrocher aux branches du seul arbre qu’il y a.

– C’est fini, dit le chasseur.

Mais le docteur est prêt à tout faire pour sauver ses compagnons.

– Je n’ai plus de gaz; eh bien, je traverserai le fleuve avec: de l’air chaud, leur dit-il.

Les trois hommes se mettent au travail. Ils entassent une grande quantité d’herbes sèches sous Ia toile du ballon, puis ils mettent le feu.

Il faut peu de temps pour gonfier un ballon avec de l’air chaud. Le Victoria reprend sa forme ronde.

– Vite, vite! crie Kennedy. Les Talibas vont bientôt arriver. On entend déjà leurs cris.

Dix minutes plus tard, le ballon s’envole, au moment même où les Talibas arrivent. Il traverse le fleuve et redescend de l’autre cóté.

Là, surpris et émerveillés, un groupe d’hommes les regardent arriver. Ce sont des officiers français qui connaissent par les journaux le voyage de Fergusson et qui le reconnaissent tout de suite.

– Le docteur Fergusson? demande un officier.

– Lui-même, répond tranquillement le docteur.

Et mes deux amis, Dick Kennedy et Joe.

 

***

 

Ici finit l’étonnante traversée du docteur Fergusson et de ses compagnons.

– Notre voyage a été bien monotone, répond Joe, à tous ceux qui Iui demandent de raconter Ia traversée de I’Afrique. Et nous ne sommes pas morts d’ennui parce que nous avons eu quelques aventures comme eelles du Tchad et du Sénégal.

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